
On retrouve dans la vidéo de l'installation Reliefs, les éléments
constitutifs de l'univers de référence du collectif-fact: les enseignes
lumineuses bariolées, les trajets routiers, les objets 3d traités sommairement
(volumes schématiques le plus souvent en grisaille), parfois cyniquement
(les sapins sont des tourniquets de carton-pâte sur lesquels on a collé
du papier peint façon branchage), les plans brusquement arrêtés qui flottent
dans un espace indéfini et glissent les uns à côté des autres, le grésillement
agaçant d'une installation électrique défaillante, des rapports d'échelle
sujets à de brusques variations, le froid, la solitude, la nuit, une ambiance
comateuse que syncopent le noir absolu et l'éblouissement.
Manipulée par le collectif-fact, l'image de synthèse n'a jamais aussi peu mérité son nom: il n'y a pas d'histoire, il n'y a plus de lieu, mais des fragments d'histoires, qui ne s'enchaînent pas tellement, se distribuent dans des espaces morcelés, qui ne se correspondent plus vraiment.
Reliefs inventorie des hantises: la narration risque de se figer
sur l'instant arrêté, la catastrophe est toujours évoquée dans sa version
soft, l'espace n'est qu'une espèce de mille-feuille voué à l'éparpillement,
les halos de lumière perdus dans la nuit n'éclairent que du vide, la modélisation
lacunaire et approximative du monde laisse une impression de négligence,
tandis que la bande son intermittente plonge régulièrement l'image dans
un silence qui la déréalise encore un peu plus. Avec ses défaillances savamment
calculées, Reliefs raconte pourtant quelque chose. De quoi s'agit-il
? On ne sait pas… peut-être d'un accident? La trame narrative est une espèce
de patchwork de moments dont la mise bout à bout ne suffit pas à constituer
une suite rassurante, et il faut bien émettre l'hypothèse que ce monde en
reconstruction via l'image numérique vaut pour un monde en déconstruction,
celui que laisse filer une conscience qui chavire et confond le rêve avec
la réalité. Restent des séquences d'images, comme des blocs à la dérive,
dont l'intensité est d'autant plus pure que les visions qu'elles portent
n'ont, pour finir, pas d'autre justification qu'elles-mêmes.
Hervé Laurent